Le changement dans le social/médico-social, le subir ou s’en saisir?

Le changement, le subir ou s'en saisir

Le changement, c’est maintenant proposait un ancien président. « Il changeait la vie » chantait Goldman, « wind of change » sifflotait scorpions, « changer » hurlait maître Gims, « Changes » rappait Tupac (pas forcément ce qu’il a fait de mieux, mais ce n’est qu’un avis très personnel)…les exemples sont nombreux.  A vrai dire il n’y a que Céline Dion qui dit qu’ « on ne change pas ».

 

Le changement, les changements peuvent effrayer ou au contraire motiver, peuvent améliorer ou empirer certaines situations.

Les secteurs de la santé, du social ou du médico-social ont vécu, vivent ou vivront des changements profonds au vu des politiques successives qui sont menées (ou ont été menées).

 

« Des changements importants sont en cours dans le fonctionnement des services et l’accompagnement des personnes en situation de handicap, mettant en jeu les acteurs de ce fonctionnement que sont le discours sociétal et les politiques publiques, les organisations de services et les professionnels.

Toutefois, ces changements se heurtent à des résistances, dont l’une des causes pourrait se trouver dans les paradoxes mêmes des modalités de mise en oeuvre des changements. En effet, du côté des professionnels, les changements sont opérés de manière unilatérale par les politiques publiques et les organisations, dépouillant les professionnels de toute créativité et tout sens, en les contraignant à adhérer à des représentations, actions et organisations élaborées loin d’eux. Pour lever les obstacles de ces résistances, qui nuisent à la pleine participation des personnes en situation de handicap, il conviendrait de penser autrement l’engagement des professionnels dans la mise en sens de leur action. » 

(Jean-Yves Le Capitaine, « Le secteur médico-social dans les paradoxes du changement« )

 

Lorsque j’exerçais au sein d’un SESSAD, j’avais échangé avec ma chef de service (qui, je l’espère se reconnaîtra) à ce sujet. Elle m’avait alors fait comprendre que certains changements étaient inéluctables et qu’il faudrait alors « s’en saisir ou les subir« . Sensibilisés à la démarche qualité, nous avions alors tenté de mettre en place des outils, des démarches, des actions qui permettaient de faire « mieux à moyens constants ».

Certains membres de l’équipe avaient alors opposé une certaine résistance. J’avoue également ne pas avoir adhéré à l’ensemble des mesures qui se mettaient en place. Je ne trouvais pas toujours de logique, ni d’amélioration dans les suivis, ni de « progrès social » ou d’intérêts communs.

 

Force est de constater que certains fonctionnements « chronophages »  sont bel et bien nécessaires pour coordonner les actions d’une équipe souvent dévouée au bien être, à l’épanouissement et aux progrès des jeunes que nous suivions. Nous touchions du doigt les limites d’un souhait d’amélioration des accompagnements mis en place, tant les contraintes étaient complexes et nombreuses.

 

Les secteurs dans lesquels nous évoluons sont réputés pour être plutôt réfractaires au changement. Et pourtant, au risque de me répéter, les équipes sont le plus souvent dévouées au bien-être & à l’insertion sociale des personnes accompagnées et souhaitent que se mettent en place les changements nécessaires, mais pas forcément ceux arbitraires, décidés, le plus souvent, dans une logique comptable et dans un souci d’économies au détriment de l’intérêt général.

 

Il paraît difficile de traiter de façon exhaustive un tel sujet. Et si certains changement peuvent sembler nécessaires, ils ne doivent pas prendre la place de la réflexion qui doit prendre en compte l’intérêt général, la complexité des situations, le contexte dans lequel évoluent les personnes accompagnées, la charge de travail des professionnels…  Ainsi, certains changements ne sont pas toujours nécessaires, alors que d’autres sont impératifs.

 

Bien souvent, les oppositions au changement (tout comme certaines décisions qui proposent des changements absurdes…)sont liées aux représentation, à ce qu’imaginent les gens et dont ils ont peur…  Alexandre Jollien résume brillamment cette idée  et je me permets d’emprunter ses mots en guise de conclusion :

« Ne pas compliquer les choses, ne rien ajouter quand les difficultés apparaissent. Sans les nier, il s’agit de retourner au réel, de voir que l’imaginaire, comme un cheval, s’emballe et empire la situation »